Par Nadège – Temps de lecture moyen : 10 minutes

Vous avez sans doute entendu parler de The Hostel. Que vous soyez du genre à ne pas oser y aller par « peur d’avoir peur » ou que vous ayez déjà fait les huit chambres plus effrayantes les unes que les autres… vous serez forcément intéressés par ce qui va suivre. Adrien répond à nos questions et vous allez adorer en savoir plus sur cet escape game mythique de Bordeaux.

Vous avez fait d’un projet de passionnés une reconversion professionnelle en 2017, quel a été le vrai déclic qui vous a fait sauter le pas ?

J’ai décidé de monter mon propre escape game en 2017, lorsque j’ai découvert cette activité et que je l’ai trouvée très originale, mais qu’elle manquait, à mon goût, d’immersion. À l’époque, les scénarios étaient souvent des prétextes pour intégrer des énigmes et des décors, sans réelle cohérence entre ce que l’on faisait dans les salles et l’histoire que l’on nous racontait.

J’aimais beaucoup l’activité, mais j’étais aussi très critique. Un jour, ma sœur m’a dit : « Tu critiques beaucoup, mais t’as qu’à faire mieux. » Et je me suis dit : « défi accepté ! » C’est comme ça que je me suis lancé.

L’idée était donc de faire un escape game dans lequel l’immersion commencerait dès la première seconde, et pas simplement une fois la porte de la salle franchie. En 2017, c’était encore assez nouveau, et c’est ce qui a vraiment constitué la première identité de The Hostel.

Vous avez choisi l’horreur comme identité comment dose-t-on la peur pour qu’elle reste ludique, sans faire fuir les joueurs les moins vaillants ?

À la base, je n’avais pas forcément choisi l’horreur comme identité. J’avais choisi la peur comme porte d’entrée vers l’immersion.

Nous voulions nous adresser à un public plutôt adulte et prendre au sérieux le fait de leur proposer une véritable expérience immersive. L’idée n’était pas de leur dire « Bonjour, bienvenue dans un escape game », puis de leur faire croire pendant une heure qu’ils étaient des aventuriers ou des agents secrets. Nous voulions que l’immersion commence dès la porte d’entrée.

Et pour immerger réellement quelqu’un, nous nous sommes dit qu’il n’y avait pas beaucoup d’émotions plus efficaces que la peur. On peut essayer de rationaliser beaucoup de choses, mais face à la peur, on ne peut pas vraiment se cacher derrière son personnage.

Au départ, nous cherchions donc plutôt quelque chose d’angoissant et d’inquiétant que de l’horreur pure. Petit à petit, nous sommes allés davantage vers l’horreur, mais notre vraie patte reste pour moi l’angoisse, l’immersion et l’inquiétude, plutôt que le gore ou l’horreur gratuite.

Et c’est justement là toute la difficulté : doser la peur. Nous savons que nous perdons encore des personnes qui ont simplement peur de venir jouer chez nous. Mais celles qui arrivent à dépasser cette appréhension sont généralement très satisfaites, parce que nous essayons vraiment de trouver le bon niveau de peur.

C’est un peu comme dans un parc d’attractions : on cherche le bon dosage d’adrénaline. Il faut avoir suffisamment peur pour vivre quelque chose, mais pas au point de passer un mauvais moment. L’objectif, c’est de ressortir en se disant : « Je suis content de m’être fait peur, c’était le bon dosage. »

C’est encore difficile de faire venir les gens qui ont peur d’avoir peur, parce qu’ils ont parfois l’image que nos expériences vont forcément être trop intenses. C’est justement pour ça que nous sommes contents de pouvoir profiter de supports comme cette interview pour expliquer que nous sommes capables de nous adapter à tous les publics. Nous pouvons proposer différents niveaux de peur, orienter les joueurs vers les salles qui leur correspondent et surtout prendre le temps de les conseiller. Même quelqu’un de très peureux peut donc trouver chez nous une expérience immersive qui lui permettra de passer un bon moment.

Vos comédiens interagissent avec les joueurs, mettent la pression, incarnent des personnages clés, sans jamais les toucher, comment recrute-t-on et forme-t-on quelqu’un à jouer effrayant sans casser le confort du joueur ?

Nous avons surtout fait en sorte de concevoir nos salles pour que les interventions des comédiens soient très bien pensées et très simples à réaliser. L’objectif est de pouvoir créer des screamers et des moments très immersifs, mais toujours au bon moment par rapport au scénario.

Les interventions sont donc scénarisées et prévues à des moments très précis, avec des chorégraphies précises. Cela permet de surprendre les joueurs au bon moment, tout en garantissant leur sécurité et celle du comédien. Tout est pensé à la seconde près pour que chacun sache où il doit être et ce qu’il doit faire.

L’idée, c’est aussi que nos salles soient suffisamment immersives par elles-mêmes. Les interventions des comédiens doivent venir sublimer l’expérience, mais nous ne voulons pas que celle-ci repose uniquement sur leur présence. La salle doit déjà fonctionner et raconter quelque chose toute seule ; le comédien vient apporter ce petit supplément qui va rendre certains moments encore plus forts.

Vous avez deux sites très différents (le complexe de Bordeaux-Lac et un manoir à Talence), comment le lieu physique influence-t-il le scénario, plutôt que l’inverse ?

C’est une très bonne question, parce que c’est effectivement le bâtiment de Talence qui a en partie donné naissance à l’identité de The Hostel.

Au tout début du projet, ce bâtiment n’était pas forcément notre premier choix. Mais il fallait à un moment donné passer à l’action et trouver un local. Quand nous l’avons découvert, avec son aspect de manoir, nous nous sommes dit : « Autant jouer avec ce que le bâtiment nous offre. » Pour ceux qui sont déjà venus à Talence, il a vraiment cette identité particulière.

C’est comme ça qu’est née l’idée de The Hostel : un hôtel inquiétant dans lequel on choisit sa chambre, avec chaque chambre qui raconte sa propre histoire.

À Bordeaux-Lac, le challenge était différent, puisque le bâtiment était beaucoup moins immersif. À l’origine, en 2019, nous avions même imaginé une autre identité : celle d’un cinéma dans lequel on regardait un film avant d’entrer à l’intérieur de celui-ci. Mais nous nous sommes rapidement rendu compte que communiquer sur deux identités complètement différentes était compliqué. Nous avons donc choisi de recréer tout l’univers de The Hostel à Bordeaux-Lac.

C’était un vrai challenge, parce que le bâtiment est beaucoup plus banal de l’extérieur. Mais cela nous a poussés à travailler encore davantage l’immersion à l’intérieur. Aujourd’hui, c’est d’ailleurs assez amusant de voir la réaction des joueurs : depuis le parking, le bâtiment paraît assez froid et très commercial, mais dès qu’ils franchissent la porte, ils sont immédiatement plongés dans l’univers grâce à l’ambiance sonore, la décoration et la lumière.

Ils oublient presque instantanément qu’ils se trouvent dans un bâtiment commercial. C’est donc vraiment un exemple où le bâtiment a influencé notre concept, puis où, à l’inverse, nous avons dû utiliser toute notre créativité pour recréer cette immersion lorsque le bâtiment nous offrait moins de choses au départ.

Après 8 chambres, vous lancez un nouveau format, l’action game « La Chambre du Majordome », présenté comme unique en France, qu’est-ce qui différencie vraiment un action game d’un escape game classique ? Et surtout qu’est-ce qui fait que le vôtre change tout ?

Après huit salles, nous nous sommes demandé comment renouveler l’expérience tout en restant dans ce qui fait l’identité de The Hostel : la peur et l’immersion.

L’action game est arrivé depuis quelques années comme une sorte de petit nouveau dans le monde du loisir. Et finalement, nous avons fait exactement le même constat qu’en 2017 avec l’escape game : l’activité est super, mais elle manque souvent d’immersion, de cohérence et de scénario.

Nous nous sommes donc dit : notre spécificité, c’est justement ça. Pourquoi ne pas prendre les codes de l’action game que nous aimons — passer de pièce en pièce, réaliser des actions très différentes, avoir moins de réflexion et davantage d’action, avec cette notion de score — et y apporter la touche The Hostel ?

Nous avons donc créé un action game horrifique dans lequel l’immersion et la peur sont au cœur de l’expérience. Ici, vous ne venez pas simplement réaliser une série d’épreuves : vous venez passer un entretien très particulier pour devenir majordome de The Hostel. Les épreuves ont donc un véritable lien avec cet univers, et votre score va même influencer la manière dont se termine votre aventure.

C’est ce qui, pour nous, rend le concept vraiment différent : on retrouve le côté très ludique et dynamique de l’action game, mais avec un véritable scénario, une immersion horrifique et surtout une cohérence entre les actions que l’on vous demande de réaliser et l’histoire que vous êtes en train de vivre.

C’est cette combinaison entre action game, scénario et horreur immersive que nous n’avions encore jamais vue en France et que nous avons voulu créer avec The Hostel.

Vous accueillez du team building jusqu’à 100 participants, comment transpose-t-on une ambiance horrifique et anxiogène à un objectif purement professionnel de cohésion d’équipe ?

Justement, nous avons créé de nouveaux produits pour les entreprises tout en gardant la patte The Hostel.

Les entreprises avaient très envie de venir chez nous, mais il y avait toujours la crainte que certains membres de l’équipe aient peur et que cela gâche leur expérience ou leur team building. Nous nous sommes donc demandé comment utiliser nos décors et notre savoir-faire en matière d’immersion et de jeu, sans forcément y mettre de l’horreur.

C’est comme ça que nous avons créé nos murder parties. Nous utilisons nos décors de Bordeaux-Lac et de Talence, mais dans des scénarios qui ne sont pas horrifiques. Il peut y avoir de la tension, du suspense, des personnages un peu inquiétants et beaucoup d’immersion, mais jamais de peur ou d’horreur.

Les participants peuvent donc se déplacer dans nos décors, rencontrer des comédiens et vivre une véritable aventure ensemble, sans que la peur soit une barrière. Cela nous permet de toucher un public beaucoup plus large et surtout de répondre à ce que recherchent les entreprises dans ce type d’événement : un vrai moment de cohésion, où tout le monde peut participer sans avoir la peur d’avoir peur.

Nous avons également créé une murder party que nous délocalisons dans un château. Là, nous avons pu aller encore plus loin dans cette approche, avec un univers beaucoup moins orienté vers l’horreur. Nous y apportons surtout notre savoir-faire dans la création de jeux, d’enquêtes et d’histoires, avec davantage de suspense et de réflexion.

Finalement, sortir de l’horreur ne veut pas dire sortir de l’ADN de The Hostel. Notre savoir-faire, c’est avant tout de créer des expériences immersives, scénarisées et ludiques. La peur est une de nos portes d’entrée, mais ce n’est pas la seule.

Quel est le retour de joueur, ou la scène, qui vous a le plus surpris depuis l’ouverture ?

Je pense à une scène qui s’est passée tout au début de The Hostel, il y a maintenant neuf ans. À l’époque, j’étais encore game master et j’avais fait jouer une famille dans la Chambre des Esprits, avec notamment un petit garçon d’une dizaine d’années.

Et pendant toute la partie, le père se cachait derrière son fils. Il le prenait par l’épaule, le poussait un peu en avant et l’envoyait dans tous les endroits qui faisaient peur. En gros, dès qu’il fallait aller quelque part, c’était : « Vas-y, vas-y, c’est toi qui dois y aller ! »

À un moment, il fallait même sacrifier quelqu’un. Et là encore, le père a très naturellement désigné son fils ! Le gamin avait peur, mais il y allait quand même, alors que son père était tranquillement derrière lui.

Et le plus drôle, c’est qu’à la fin, au moment du débriefing, le père me regarde et me dit : « Ah finalement, Ça va, c’est tranquille, ça fait pas si peur que ça ! »

Et là, je me suis dit : « Mais… tu viens de passer toute l’heure caché derrière ton fils ! » J’ai trouvé ça assez  gonflé , je dois dire ! Mais bon, heureusement, le petit garçon, lui, est ressorti avec le sourire, donc j’étais quand même rassuré.

C’est vraiment une anecdote qui m’est restée, parce qu’elle montre aussi qu’on ne réagit pas tous de la même manière face à la peur. Et surtout, le plus important pour nous, c’est que même si on a eu peur, on ressorte avec le sourire et en se disant qu’on a passé un bon moment.

Si on devait interviewer quelqu’un dans le milieu des escape games, expériences immersives, vous aimeriez passer la plume à qui ?

Sans hésiter, je passerais aujourd’hui la plume aux fondateurs de la Lock Academy.

Ils avaient ouvert quelque temps avant The Hostel et, à l’époque, on avait eu l’occasion d’aller jouer chez eux. Ils nous connaissaient aussi, donc on avait pu échanger après avoir joué leur salle.

Et déjà, en 2017, j’avais trouvé assez incroyable le niveau de finition de leurs salles à Paris. Je trouvais qu’ils avaient fait un travail vraiment extraordinaire. J’ai donc beaucoup de respect pour ce qu’ils ont construit.

À l’époque, pour moi, Lock Academy et The Game, c’étaient vraiment deux patrons de l’escape game en France, notamment par la qualité de leurs salles et l’investissement qu’ils avaient mis dedans.

Et aujourd’hui, ils viennent d’ouvrir Live Cinéma à Paris qui à l’air incroyable ! Donc j’aurais vraiment plaisir à aller rejouer chez eux si j’en ai l’occasion, parce que je suis assez curieux de voir ce qu’ils ont encore réussi à créer.

Et j’aurais aussi beaucoup de plaisir à lire ce qu’ils pourraient raconter dans ce genre d’interview. Je pense que c’est toujours passionnant d’écouter des entrepreneurs qui sont à la fois entrepreneurs, créateurs et surtout passionnés par ce qu’ils font.

Merci à Adrien d’avoir répondu à nos questions. On a hâte de tester le nouvel action game et de vous en parler !